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Cette forêt qui vous veut du bien

La sylvothérapie, ou cure sylvatique, est étymologiquement le fait de soigner grâce aux effets
induits par la forêt sur l’humain. L’utilisation des plantes, par extension du milieu forestier, en
thérapeutique remonte à la nuit des temps dans nos cultures occidentales comme dans celles
d’ethnies ou de pays plus éloignés. Répandus dans les cultures asiatiques (Inde, Chine, Japon), au
sein des tribus indiennes d’Amérique, les « bains de forêt » ont récemment fait l’objet d’études
scientifiques approfondies. Les conclusions de ces recherches d’abord conduites au Japon ont plus
récemment été confirmés aux Etats-Unis et même en Europe. La longévité est accrue en moyenne de
16% chez les personnes vivant à proximité d’une forêt. Les vertus thérapeutiques de la forêt, bien
qu’intuitivement ressenties depuis des siècles, ont donc été prouvées. Elles sont désormais
reconnues et inclues dans des protocoles de soins.

En France, les lieux de cure tel le sanatorium pour les affections respiratoires, à la fin du XIXème et
au début du XXème siècle, se situaient souvent à proximité de forêts tempérées. La pratique du
« Shirin-Yoku » jouit depuis plusieurs années maintenant d’un statut officiel : cette thérapeutique est
devenue la pierre angulaire du système de médecine préventive japonais depuis une vingtaine
d’années. En Allemagne et en Autriche, des formations certifiantes de « sylvothérapeute », des labels
de « forêts thérapeutiques » et des établissements spécialisés se développent à destination de
toutes les tranches d’âge et pour prévenir et traiter les troubles psychiques ou psychologiques
comme les maladies chroniques et psychosomatiques.

Le besoin de connexion de l’homme à la nature, signe d’un déficit dans nos sociétés
modernes, lorsqu’il est reconnu et satisfait, fait des miracles. En nous immergeant dans la nature,
loin de nos milieux industrialo-urbains et de nos modes de vie sous agitateurs, nous profitons de
bienfaits insoupçonnés. La forêt exerce son pouvoir guérisseur à notre insu. Ce milieu, devenu
« extra-ordinaire », est une ressource naturelle donnée, encore gratuite, où il est possible de se
ressourcer sans distractions ni obligations car éloigné des perturbations.

Les signaux du réseau humain n’y sont plus perceptibles ni accessibles. Les antennes de notre
sensorialité peuvent s’y déployer pleinement. Les conditions sont réunies. Il est possible de prendre
soin de soi en se reconnectant à la nature, au Grand Tout, aux arbres, à tous ces êtres vivants et ces
éléments naturels, qui sont aussi en nous pour peu que nous nous reliions à « notre » nature.
Comme l’écrit Pierre Rabhi « L’homme est nature. ». L’homme est un être multisensoriel. Déjà
Georges Plaisance, Jean Loiseau, Roger Ulrich, Edward. O. Wilson, avaient pressenti que notre
connexion avec la nature est encodée dans notre inconscient collectif et présente dans notre ADN
modelée au fil des siècles. Notre évolution multimillénaire au cœur de la nature se révèle. La
« biophilie », le désir inconscient de la nature tel que nommé par Erich Fromm, nous anime en ce
qu’elle porte « l’amour de la vie ».

Nous entrons en résonance avec la nature lors de ces immersions en pleine nature, en particulier au
contact des arbres. Nous pouvons les enlacer, les embrasser, les étreindre et faire corps avec eux.
Nos sens et nos sensations sont stimulés : vue, odorat, audition, toucher, goût entrent dans le jeu.
Les échanges sous forme d’huiles essentielles ou autres composés volatiles tout comme l’empathie
des arbres nous influencent. Les effets guérisseurs de la forêt sont en action : jeux d’ombres et de
lumière, odeurs du bois et de la terre, feuilles mortes bousculées par nos pas, craquements de
brindilles, bruits furtifs inhabituels, chants d’oiseaux, écorces sensuelles et rugueuses, filets d’eau
jaillissante, air humide et purifié, images éphémères, herbes ou feuilles agitées par le vent, objets
esthétiques inanimés ou êtres vivants…corps et psyché interagissent.

Preuves à l’appui, une promenade lente de deux heures minimum en forêt agit sur le stress
chronique, la fatigue, l’anxiété, la dépression, la tension artérielle, le rythme cardiaque, les états de
confusion, l’agressivité, l’impulsivité, le diabète, le cancer, le burn-out, les troubles de l’attention, le
vieillissement, les émotions et sentiments négatifs (colère, peur, impuissance, ressentiment,
culpabilité, honte, mélancolie, etc…). Une exposition prolongée de plusieurs jours accentue d’ailleurs
l’action des vertus thérapeutiques et renforcent leurs effets bénéfiques sur la durée. La nature
comme le dit Clemens G. Arvay est « médecin et thérapeute ». C’est un cadre apaisé, idéal pour se
laisser soigner, exercer la thérapie, l’accompagnement de la personne sur son chemin de vie.

L’arbre, vertical comme nous, est présent depuis les débuts de l’humanité. Comme l’écrit le
professeur B. Fromaget « L’arbre en psychologie est un réservoir extraordinaire de métaphores
permettant de transférer du sens du domaine du végétal dans le domaine humain par substitution
analogique. » L’arbre peut devenir un espace de projection de l’intériorité grâce à l’analogie établie
spontanément par notre mental. S’il est effectivement utilisé comme support thérapeutique ou
moyen d’apprentissage, l’expression verbale ou non verbale de métaphores demandera à
l’accompagnateur une vigilance particulière. Les éléments naturels sont eux-aussi des « symboles »
puissants. Ils ont une grande valeur. A leur contact, notre expression est facilitée, plus spontanée.
Elle devient révélatrice de la nature profonde de notre être. L’emploi du langage métaphorique par le
« sujet locuteur » suppose une écoute active, qualitative d’ordre symbolique.

Cet espace d’aventures et son cocktail de bienfaits aident à nous détendre, à retrouver la
sérénité et la vivacité grâce au bien-être procuré. Cette symbiose totale facilite la bonne humeur, la
confiance en soi, la concentration, la créativité, la conscience de soi, la fascination, la relaxation tout
en nous stimulant. Les schèmes et processus psychocorporels, émotionnels, cognitifs,
comportementaux mais aussi sociaux peuvent ici faire l’objet de soins curatifs et préventifs
intégratifs en s’adossant aux vertus thérapeutiques et régénératrices de la nature.

Marcher, bouger, méditer, respirer, s’apaiser, créer, ressentir, se recentrer et se connecter à la Vie
autour de soi et en soi, se lier aux autres, communiquer, se relier à notre histoire de vie et à la nature
y sont simplement et plus facilement possibles.

Ces séjours sont aussi un moyen de prendre d’autant plus conscience des autres êtres vivants et des
autres formes de vie, fruits de la biodiversité, dont l’importance se révèle grâce aux liens ainsi
renoués. C’est une façon d’apprendre à prendre conscience des enjeux visant à protéger la nature en
de devenant sensible à l’impérative nécessité de militer pour la préservation des habitats et milieux
naturels, si « indispensables » à l’homme. Krishnamurti déclarait en 1975 « Si l’on perd le contact
avec la nature, on perd le contact avec l’humanité. » 

Ces bénéfices avérés questionnent bien sûr la valeur et la place encore réellement donnée à
la nature même « cultivée » dans notre société : forêts, parcs, jardins, espaces verts. Et, en même
temps, elle doit nous aussi interroger, aux vues des expériences documentées en dehors de France,
sur la capacité de nos institutions en charge de la Santé Publique et de l’Aménagement du Territoire
à maintenir et étendre les espaces « naturels » de ressourcement accessibles, à développer
établissements et les formations incluant des soins sylvatiques à destination des personnes
anxiodépressives, addictes, atteintes de cancers, violentes ou à la recherche d’un mieux-être.

L’arbre, être vivant et pensant, et la forêt impénétrable nous invitent à nous rencontrer :
Qu’attendons-nous donc pour aller à la rencontre respectueuse de la nature pour qu’, en pleine
autorité, ils nous enseignent, puissants et riches de leurs multiples langages ?

Echappez-vous ! Allez !

Même pas peur !!! Allez à l’« école forestière » !

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